MiniFizz

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03 Mars 1999 :

« Comment oses-tu lever la main sur moi ?! »
« Tu feras quoi ? Porter plainte ? »

Les bruits perçants d’une énième dispute voyageaient dans toute la maison, s’abattant sur les murs défraîchis de la vieille maisonnette. Incessants.
Tous les jours, à chacune de leur rencontre, le couple Walker se contredisait, se critiquait pour des raisons secondaires et négligeables : Qui fera la vaisselle, qui a laissé la fenêtre ouverte.
La vie quotidienne devenait enfer. Les années défilaient, les querelles devenaient violentes. Chacun utilisait une manière plus brute pour blesser l’autre.

Dans la pièce la plus éloignée du champ de bataille, le salon, dormait une jeune fille aux airs délicats, enveloppée dans une longue robe, taillée dans un tissu bon marché. Rien en elle n’était particulièrement attirant, une silhouette élancée sans aucune forme, des cheveux couleur charbon, frisés, des yeux rougis. Aucun charme particulier.
Elle jeta sa vieille couverture violette, tachée de sang, par terre, puis sauta les yeux toujours fermés avant d’atterrir nonchalamment sur le vieux parquet envahit par une multitude d’habits.
Sa frêle cheville était emmaillotée par une chaîne en argent, roulée 3 fois sur elle-même, embellie par un pendentif ocre.
Sans justification, elle s’approcha du mur droit, décoré d’une multitude de poster aux slogans douteux, et donna un vif coup de poing, froissant par la même occasion l’une des rares images, où il subsistait quelques couleurs vives, avec comme formule une signature appliquée, suivie d’une phrase pleine de fautes d’orthographe : « Byn à twa ma fane chairi, Héliz. »

Pendant un infime instant, les perpétuels mugissements s’interrompaient, plongeant la maison dans un calme plausible, puis récidivèrent, encore plus virulents qu’auparavant. Suivis d’un fracas de verre.

« A croire qu’ils ne se la bouclent jamais ! » marmonna-t-elle dans sa barbe.

Les bras croisés sur sa, quasi inexistante, poitrine elle s’adossa contre le mur, martyrisant son dos avec toutes sortes de clous, plantés là, à l’origine, pour y accrocher des portraits de familles où tout le monde arbore un sourire hypocrite.
Mais le Happy End tant convoité se vit bouleverser par une grossesse inattendue.

Le refus catégorique de Cristal vis-à-vis de l’avortement provoqua la fin prématurée du couple.

Tout ces évènement, Heliz ne leur prêtait aucune attention. Après tout, c’est le passé, ce qui est fait est fait et rien ne changera à présent.
La tournure qu’avaient prit les choses lui convenait. Elle n’était plus la petite fille parfaite, s’accordant précisément avec les stéréotypes.

Elle donna un coup de pieds à la porte. Un heurt ferme déclanchant un léger écho, ne stoppant pas, cette fois, l’altercation.

« Font chier ! » brailla-t-elle, en entrebâillant le portique bien amoché par ses coups quotidiens, attendant une quelconque réponse. Rien.
Voyant le désintéressement de ses parents, elle souleva l’ourlet de sa robe, telle une danseuse de French Cancan et se mit à faire des vagues avec.
Elle poursuivit sa représentation, la porte toujours ouverte, jusqu'à ce qu’un enfant, à peine grand comme trois pommes, aux joues rosâtres et aux boucles noires soyeuses fit son entrée. Les yeux comme des soucoupes, il observa sa grande sœur se donnant en spectacle.

- « Qu’est ce que tu fous là, rejeton ? » Lui chuchota-t-elle, comme perturbée.

L’enfant, suçant son pouce ne lui répondit pas. Trop jeune.
Elle se déshabilla rapidement, arrachant l’un de ses piercings à l’oreille, et lui jeta la robe sale à la figure, le faisant tomber à la renverse, avant de claquer la porte.

- « Jeune et déjà vicieux ! » dit elle, avant de rire, d’une voix embrouillée et éraillée. Son ton était embrouillé par le nombre indéfini de cigarettes brûlées l’une sur l’autre, et de bouteille d’alcool bu cul sec.

Son hilarité se prolongea durant de longues minutes, elle se demandait comment auraient réagit ses ‘potes’ dans une situation pareille, si ils auraient mêlé leurs rires au sien.

Elle était assise par terre, sur sa couette crasseuse, la tête posée sur son oreiller maculé de substances suspectes, nue.
Elle fredonnait une de ses chansons ‘de malades’, trop dans les aigues, poussait des cris de lamentation lorsque son oreille de novice percevait l’une des fausses notes les plus prononcées qu’elle crachait.

Elle continuait à se prendre pour une rock star en se levant sur son lit, toujours déshabillée, imitant une guitariste professionnelle, jusqu'à ce qu’elle entende son petit frère hurlait à la mort, puis un « Chut » prononcé avec des accents d’impatience.

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