
Sa chair contre la mienne. Son cou chaleureux se rapprochait dangereusement de mes canines. J’allais faire preuve de tellement d’égoïsme, c’était un crime. Je ne pouvais pas le condamner. Ma faim ne pouvait pas détruire tout ce que j’avais durement bâti. D’un revers de main, ma raison effaça tous mes futurs remords pour se concentrer sur cette tendre peau, dissimulant des veines, plus dégoulinantes de sang les unes que les autres.,
« Je ne ferai qu’y goutter. » Lui promis-je.
Il fallait que j’arrive à me convaincre. Me persuader que les mots que je venais de prononcer avaient un sens, et que je me devais de les écouter. Mais je savais que jamais je n’arriverai a tenir ma promesse.
Je lissais ma robe blanche une dernière fois, avant qu’elle ne change de couleur. Qu’elle ne devienne rouge. Cette scène m’aurait épouvanté en temps normal, le monstre attaquant sa proie. Une proie vulnérable. Le blanc, le neutre, se changeant en rouge, la couleur de la colère, de l’amour, de la vie.
« Tu ne vas rien sentir, d’accord ? » Je lui souris. Il aperçut mes dents pour la toute première fois. Il fallait à tout prix qu’il se détende, et que son pouls ne s’accélère plus. J’entendais chacun de ses battements de cœur. Un bourdonnement tendre dans mes oreilles. Quelle merveilleuse musique pour une fin si digne.
Il devait sûrement sentir la tension flotter sur nos têtes. Il devait savoir que la mort était proche.
Je penchais la tête, me demandant de quel coté pourrai-je le mordre. Mais une odeur, différente de la sienne vint me persécuter. C’était assez difficile de résister, et ne pas lui sauter dessus, il ne fallait pas en plus qu’une alléchante essence vienne me déconcentrer. Je l’humais artificiellement. Une odeur pure, une odeur de nature.
Soudain, je m’essoufflais. Je devais vite boire son sang, sinon je succomberai.
Je fermais lentement les yeux, écoutant les tambourinements de son cœur. Quelle perte de temps. Violement, je plantais mes dents. Son long hurlement déchira l’ambiance calme de la pièce. Je devais en boire le plus possible. Il se vidait lentement, à petit feu. C’était si agréable de se sentir invincible, immortel. Le sang s’écoulait de mes lèvres, des gouttelettes avaient voyagé tout le long de mon buste. Comme par magie, ma peau absorba tout ce liquide si précieux aux humains.
Son corps sans vie gisait près de moi. Etrangement, je n’éprouvais aucun remord. Peut être ne m’étais je pas très attaché a lui après tout. Son regard miel ne luisait plus, ses longs cheveux bruns retombaient sur sa bouche élargie par son cri. Bonne chasse.
Mes pupilles étaient à présent bordeaux, son sang coulait dans mes veines.
Une voix féminine m’interpella, la même odeur que tout a l’heure se dégageait de la silhouette frêle et délicate : - « Encore avec tes médiocres êtres vivants ? »
Un rictus se dessina sur mon visage. Une vieille connaissance me défiait. La nuit sera si intéressante …
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